Lieux de mémoires

Comment se souvenir d’une guerre en l’absence de ceux qui l’ont vécu? Comment commémorer le souvenir des poilus quand on a combattu en Algérie? Comment transmettre une Histoire quand les souvenir d’autres guerres viennent effacer les précédents?  Comment se construire une Histoire avec des lieux de mémoire tristement désincarnés, déserts seulement visités à l’occasion de quelques commémorations annuelles. Comment témoigner sans témoins?

Cimetières, stèles, monuments, ossuaires, ruines signalent plus qu’ils ne témoignent vraiment des combats et des champs de batailles.

Pour ne pas perdre la mémoire on la maintient en l’état, tant qu’on peut. On continue à Verdun et ailleurs, de conserver, d’entretenir des lieux de mémoires à coups de débroussailleuses, de tondeuses ou d’injection de silicone. On remplace les croix, on ravale les pierres, on régénère les bronzes, on désherbe, on tond, on traite à l’anti-mousse bref on remplace, on colmate, on rénove monuments de pierres et bétons armés éclatés par le gel, lessivés par la pluie, brûlés par le soleil.

On signale qu’ici et là on s’est battu, on est mort pour une colline, pour une maison dont il ne reste jamais rien, pour un hameau à présent disparu, pour un village finalement reconstruit ailleurs, pour quelques mètres, le plus souvent pour pas grand-chose et même parfois pour rien.

On aurait tort d’oublier l’essentiel. Les morts ne vont nulle part.

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©OLIVIER SAINT-HILAIRE